Cet article a été rédigé par Kimberley Hutchinson, analyste principale des politiques et de la recherche, Femmes et Égalité des genres Canada
Pour un gouvernement, que signifie être inclusif?
Les politiques gouvernementales peuvent sembler s’appliquer également à toute la population, mais en fait, elles touchent presque toujours différentes personnes de façon inégale. Les gouvernements sont de plus en plus conscients de ces écarts dans leurs résultats. Bien que les mesures d’éloignement physique nécessaires en raison de la COVID-19 s’appliquent à tout le monde, quel que soit le sexe, leurs répercussions varient selon les personnes et les groupes. Par exemple, le confinement :
- a entraîné la fermeture d’écoles, de garderies et de programmes d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, ce qui pourrait avoir des répercussions durables sur les enfants. Environ la moitié des enfants canadiens âgés de cinq ans ou moins (53 %) participent régulièrement à un programme d’éducation de la petite enfance. Des recherches ont démontré (en anglais seulement) les avantages de l’éducation préscolaire, y compris une diminution de 8,3 % du taux de redoublement et une hausse de 11,4 % du taux d’obtention de diplôme au secondaire.
- a entraîné une forte baisse des heures travaillées. Environ 40 % des Canadiennes et Canadiens occupent des emplois qui peuvent se faire en télétravail, mais la probabilité qu’ils occupent un tel emploi n’est pas la même pour toutes et tous. Par exemple, moins de travailleuses et travailleurs des secteurs de production de biens peuvent travailler à domicile que ceux des industries de services. Il importe de tenir compte de telles différences, car elles montrent que le fait d’occuper des emplois pouvant être effectués à domicile réduit la probabilité d’interruptions du travail et, par conséquent, l’incertitude relative au revenu.
L’analyse comparative entre les sexes, un outil indispensable à la promotion de l’égalité des genres (en anglais seulement), tient compte du fait qu’aucune politique ne peut vraiment être non sexiste et a démontré aux fonctionnaires que nous avons toutes et tous des préjugés inconscients qui façonnent souvent les politiques. Nous devons prendre des mesures pour nous protéger contre nos préjugés et nos suppositions.
- Vous voulez écrire pour nous? Jetez un coup d’œil au guide d’Apolitical pour les contributeurs (en anglais seulement).
Cela dit, l’analyse comparative entre les sexes a ses limites. Nous pouvons faire l’objet d’une exclusion pour des raisons autres que notre genre, par exemple, notre race, notre classe sociale ou nos capacités. Toutes ces raisons sont influencées par les systèmes sociaux de pouvoir et y sont enracinées.
En tant que fonctionnaires, nous avons la responsabilité d’inclure et de fournir des services à toutes les personnes, peu importe leur sexe, identité, religion, langue, capacité, race ou origine ethnique
La richesse de notre humanité repose sur sa grande diversité. Et aucun groupe de personnes n’est homogène. Nos expériences vécues sont influencées par la façon dont les facteurs identitaires croisés interagissent avec notre environnement socioculturel, politique et économique particulier. En tant que fonctionnaires, nous avons la responsabilité d’être inclusifs et de fournir des services à toutes les personnes, peu importe leur genre, identité, religion, langue, capacité, race ou origine ethnique.
Pour devenir inclusifs, nous devons cerner et éliminer les obstacles systémiques tels que les politiques et les pratiques qui renforcent les préjugés inconscients, les stéréotypes et d’autres comportements.
Il faut tout d’abord réfléchir à la complexité de nos propres expériences et remettre en question nos suppositions et nos préjugés. Ce n’est qu’à partir de ce moment que nous pourrons pleinement comprendre nos expériences vécues uniques et élaborer des initiatives gouvernementales inclusives.
Au moyen de l’analyse comparative entre les sexes plus (ACS+), le gouvernement du Canada évalue en quoi divers groupes de personnes composent différemment avec certains enjeux, et analyse les politiques, programmes et initiatives visant à remédier à ces enjeux. Selon les principes intersectionnels, l’ACS+ reconnaît qu’une situation donnée — y compris une pandémie mondiale — peut être vécue différemment par des groupes de personnes selon leur expérience du monde. L’ACS+ nous aide à poser des questions, à remettre en question les suppositions et à cerner les répercussions possibles de nos initiatives.
Pour que les interventions gouvernementales en réponse aux crises économique et sanitaire actuelles soient efficaces, elles doivent tenir compte des répercussions différentielles et y remédier
L’utilisation de l’ACS+ (et d’autres approches semblables) permet de s’assurer que tous les aspects de la diversité sont pris en compte lorsqu’une initiative est conçue, mise en œuvre et évaluée afin de respecter notre engagement commun en matière d’inclusivité et de service à la population. Cette méthode va au-delà des différences biologiques (sexe) et socioculturelles (genre) et tient compte de l’influence de multiples facteurs identitaires et de leurs croisements, notamment l’âge, le sexe, la sexualité, la race, la capacité, l’identité autochtone, la géographie et le revenu.
Cela est particulièrement crucial pendant la pandémie mondiale de la COVID-19. Pour que les interventions gouvernementales en réponse aux crises économique et sanitaire actuelles soient efficaces, elles doivent reposer sur une compréhension de leurs répercussions différentielles et en tenir compte. L’application d’une perspective sexospécifique et intersectionnelle rigoureuse au moyen de l’ACS+ :
remplace nos suppositions par des faits;
nous aide à trouver des façons novatrices de concevoir et d’exécuter rapidement des initiatives inclusives et accessibles;
accroît la capacité d’adaptation et l’efficacité de nos politiques d’urgence.
Supposons que vous concevez une politique sur les mesures d’éloignement physique. Si vous étiez un ou une responsable des politiques de type traditionnel, vous pourriez supposer que votre politique est « non sexiste », car elle s’applique à toutes les citoyennes et tous les citoyens, sans égard au sexe ou à d’autres facteurs identitaires. Toutefois, si vous appliquiez l’ACS+, vous reconnaîtriez que la maison n’est pas un endroit sûr pour tous et que les femmes et les enfants peuvent être isolés avec leur agresseur. Cet isolement limite les possibilités de sortir et de demander de l’aide, et exacerbe la tendance à poser des gestes violents, la fréquence de ces gestes et leur degré de violence. Vous pourriez recommander un financement d’urgence pour les refuges et les centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle afin de répondre à la demande accrue.
L’approche de la conception et de la mise en œuvre de politiques au moyen de l’ACS+ contribue à l’élaboration de politiques efficaces, fondées sur des données probantes et véritablement axées sur la personne. En plus de contribuer à un changement culturel transformateur, cela mène à une meilleure prise de décisions et à une plus grande égalité des résultats, surtout pendant une crise mondiale. – Kimberley Hutchinson
(Crédit photo: Unsplash)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour continuer la conversation